Pourquoi sortir du chômage ?
A partir de quand le chômeur devient-il « chercheur d’emploi », c’est-à-dire un homme ou une femme qui a décidé de s’en sortir ?
Non ! Ce n’est pas ça ! Il faut reprendre du début et se poser la question suivante : quand donc un salarié DEVIENT-IL chômeur ?
Quand il se retrouve sans travail, me répondrez-vous en haussant les épaules !
Ah ! Bon ? Est-ce si simple ?
A vrai dire, c’est beaucoup plus complexe que cela. Car on ne s’improvise pas chômeur du jour au lendemain. On le DEVIENT. Et DEVENIR chômeur, qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que l’on apprend progressivement à se RESSENTIR comme tel.
- C’est un processus lent. Il peut prendre plusieurs mois.
- C’est un processus envahissant : dans un premier temps, il s’agit de notre « petite affaire à soi ». Comme qui dirait, LA petite anecdote que l’on narre aux amis pour alimenter les conversations, en donnant des détails sur le pourquoi du comment, sur les éventuelles complications, sur les réparties que l’on a pu avoir vis-à-vis d’une Direction intransigeante. Dans un second temps, cet état « provisoire » s’installe. Les autres -amis, famille – nous plaignent ou exigent de nous un rebond prompt. Ensuite de quoi, ils nous vivent eux-mêmes comme LE « sans emploi ». Et comme les autres nous servent de miroir, nous finissons nous-mêmes par nous considérer comme tel. La gravité de la situation se fait jour, avec son cortège de questions sans réponses. On nous désigne comme un bateau voguant à la dérive, sans boussole. Et cette image en répercute une autre : celle du (de la) paumé(e) ! Et nous nous sentons tel, corps et bien !
- C’est un processus méthodique. Votre esprit mais aussi votre corps sera entièrement absorbé par cette image de vous. Au bout du compte, vous vous sentez chômeur jusqu’au tréfonds de votre être. A tel point que vous vous demandez si cela se voit sur votre figure.
Arrivé à un tel stade –ne vous en faites pas, il finit par arriver ! -, l’identité a été tellement incorporée que vous l’éprouvez dans votre chair.
Quels sont les signes qui ne trompent pas ? Cela peut varier d’une personne à une autre, bien sûr. Cependant, il y a certaines « grandes tendances » que l’on retrouve régulièrement :
- En cas de recherche d’emploi sincère et effective mais, hélas, infructueuse, on commence à s’interroger : « est-ce que je m’y prends bien ? ». On pose les crayons, révise sa stratégie, réfléchit à la manière d’améliorer CV et lettres de motivations,
- Une apathie commence à naître… Se lever le matin n’est plus une nécessité, même pour se distraire : « on a le temps/on a toute la journée/ rien ne sert de courir… »,
- La recherche d’emploi ne fonctionne pas, les rendez-vous obligatoires et mensuels imposés par les institutions en chargent des demandeurs d’emploi n’aboutissent pas. Les réseaux personnels ne mènent nulle part. La lassitude gagne du terrain !
- On se juge soi-même de plus en plus durement : pas assez diplômé, trop diplômé (oui, hélas !), pas assez combatif, convainquant, professionnel… – la liste n’est pas exhaustive -,
- On doute de soi : cela fait tellement longtemps que l’on a pas travaillé… Reprendre des fonctions dans une entreprise va-t-il être possible ?
Ça y est, l’image du chômeur vécue comme « looser » est bien ancrée dans la tête et on se sent complètement nul. C’est à ce moment-là que l’on commence à se demander si ce que l’on traverse « se voit » ou, tout au moins, « se devine » sur notre figure.
Une fois atteint ce stade qui semble être de non retour, il est difficile d’émerger. C’est possible, fort heureusement, mais cela demande beaucoup plus d’énergie et de considération de ceux qui pourraient, dans cette phase difficile, nous aider.
Savoir repérer ces SADIC (Syndromes d’Auto-Déconfiture Induits Caractérisés) permet de parer les coups efficacement et de développer la TNT (Tempête Névralgique Triomphante).
A présent que les choses ont été posées, nous pouvons reprendre le fil de notre propos : « à partir de quand le chômeur devient-il « chercheur d’emploi », c’est-à-dire un homme ou une femme qui a décidé de s’en sortir ? »
Quels sont les éléments déclencheurs de ce changement d’attitude dans la vie ?
L’expérience montre que, dans la majorité des cas, le début de la période de chômage rime avec une certaine forme d’immobilisme.
Prendre le temps, enfin ! Après une expérience professionnelle, on a envie de souffler, ce qui peut paraître légitime (nous passons le plus clair de notre temps au travail, nous courons sans arrêt après des horaires, des rendez-vous, des objectifs).
Quel bien cela fait de relâcher la pression !
La conséquence de cette attitude -encore une fois fort compréhensible -, est que l’on se désolidarise de son terreau de relation sociale. Car ce que l’on oublie très souvent, c’est que le travail permet d’entretenir des liens sociaux, essentiels à l’ouverture personnelle et à l’épanouissement. La perte d’emploi conduit, par l’effet du processus dont nous avons parlé plus haut, à une désocialisation. A fortiori si l’on était très investit dans son poste et que l’on faisait partie de ces gens qui ramènent leur travail à la maison.
Si l’activité professionnelle permet d’entretenir des relations sociales, elle permet également de rester éveillé ! Car les autres, de part leur présence, leurs sollicitations entretiennent notre force de vie.
Le lent processus que nous venons de décrire s’accompagne d’une prise en charge fournie par l’ARE (Allocation de Retour à l’Emploi).
Au départ, la chute est fortement atténuée. Certes, on se retrouve « sur la touche » après un temps x d’investissement dans une organisation productive (entreprise, institut et autres). Mais cette chute est tempérée, car on n’est pas sans ressource. Payer son loyer, manger, se vêtir, même à moindre frais, cela reste envisageable.
Le temps aidant, ce matelas de première nécessité devient LE moyen de subsistance : on finit par faire comme s’il s’agissait d’une rémunération ordinaire, un du.
Ce constat amène à s’interroger. Outre l’apparente facilité conférée par cette protection financière, quels sont les avantages et les inconvénients qu’il y a à s’en sortir véritablement ?
Que gagne le chômeur a s’en sortir ?
Il démontre …
- qu’il est bien CHERCHEUR et non pas DEMANDEUR d’emploi,
- qu’il s’agit de quelqu’un d’actif et que cette situation de chômage n’est qu’une parenthèse dans sa vie,
- qu’il n’a pas vocation à se faire assister,
- qu’il est maître de son destin,
- qu’il prend le taureau par les cornes et va de l’avant : il sera moteur dans l’organisation qu’il intègrera,
Que pourrait gagner le chômeur à rester dans sa situation ?
Il bénéficierait …
- du confort – certes éphémère – d’une existence feutrée, où il ne sert à rien de se lever, de courir ou de travailler,
- du temps qu’il pourrait consacrer à lui-même et aux siens (la course frénétique ayant reprit),
- du respect d’un rythme de vie qui lui serait adapté et donc d’une vie en apparence plus saine,
- de la quiétude conférée par l’absence de pression, de tension et de toute souffrance professionnelle,
- de sa liberté d’action, sans supérieur à qui rendre de comptes.
Est-on toujours près à renoncer à ces cinq derniers points ?
Rien n’est plus sûr, d’autant que de candidatures en entretiens et autres suivis dépersonnalisés naît puis s’entretient l’espoir que, en continuant ainsi sans jamais se remettre en cause, la solution arrivera. Ce nouveau phénomène d’ancrage dans la situation emprisonne donc le chercheur d’emploi, même le plus motivé, qui en oublierait que la solution vient et ne vient uniquement que de ses propres actions à lui. Il lui est donc nécessaire, désormais, d’engager un sursaut : une véritable réaction. Cette nouvelle façon d’appréhender sa situation de demandeur d’emploi devant prendre la forme d’actions structurées, organisées et réfléchies !
La prise de conscience du fait qu’il doit absolument modifier ses méthodes de recherche d’emploi est d’autant plus violente que le temps a passé et que les moyens financiers se sont amoindris (la fin des droits est désormais proche).
Pourquoi donc ne pas entrer dés les premiers temps dans une action volontaire, accompagnée si nécessaire sur les plans humain et méthodologique ?




tres bien résumé franchement chapo, c’est exactement ça.
Merci, vraiment de votre commentaire
je me suis reconnu dans l’article
et jamais j’aurais pensé être dans ce cas la quand j’étais en poste, mais le confort relatif des indemnités fait qu’on peux effectivement se poser les mauvaises questions au début, trop d’aide tue la nia-que on dirait.
Bravo pour ce résumé
Cldt
Merci Sellig,
Et c’est bien cet état de conscience que nous essayons de rendre par ce type d’article.
Il serait intéressant d’avoir le témoignage de la façon dont vous vous y prenez, voire dont vous vous y êtes pris.
Cordialement à lire votre contribution.
Bonjour Sellig,
Trop d’aide tue l’aide… Autrement dit, si on ne permet pas aux chercheurs d’emplois de s’aider lui-même, même le Ciel n’y peut plus rien (comprendre Ciel au sens christique ou simplement symbolique).
C’est vraiment difficile de parvenir à un juste milieu. Apporter de l’aide à un tiers qui vous en demande nécessite une continuelle remise en question de tout ce que l’on entreprend pour aboutir à un résultat probant !
Mais c’est passionnant !
Merci pour cette active participation !
Gaëlle
L’approche psychologique et individuelle est pertinente d’autant que les institutions d’accompagnement sont inopérantes et même contre productrives (le carcan des codes ROME par exemple).
Mais quid du contexte, pour développer une offre il faut qu’il y ait une demande. Et pour les seniors les choses sont loin d’être évidentes. Voir les derniers chiffres du chômage publiés ces jours-ci ainsi que cet article.
C’est sûrement une aubaine pour toutes les officine de placement !
Et puis arrêtons de culpabiliser, le chômage est d’abord un phénomène social et sociétal !
En effet, il s’agit d’un phénomène sociétal.
Mais doit-on en rester à ce niveau de cette réalité et continuer à « poursuivre les Constats » ?
Pour notre part, nous considérons que des (Je ne dis pas « la ») solutions existent et que Job-Agir est l’une d’entre elles.
Je vous invite à y lire les commentaires d’anciens Job-Acteurs. Ils tendent à dire que, par une approche véritablement centrée sur l’Homme, les seniors aussi parviennent à rebondir plus qu’honorablement.
Merci, en tout cas pour votre participation.
Bonsoir
J’ai lu assez rapidement l’article sur « pourquoi sortir du chômage » parce que je suis de ceux qui pensent que « réfléchir est utile et bien, agir est mieux » … en ce sens je rejoins à 100% les 5 points soulevés concernant la nécessité de se prendre par la main et casser cette spirale de la » tranquillité forcée » qui ne mène à rien de miraculeux !
Réveillez vous , sonnez le tocsin, la vie s’achète dehors et nous devons reprendre possession de notre destin !
Je souffre dans cette inactivité et je me fiche éperdument de savoir ce que les autres , mes proches pensent ou ne pensent pas !
L’oisiveté , le repos de l’âme, à quoi bon si ces rythmes ne s’opposent plus à ce qui nous rend tellement » humain » en travaillant ?
Non seulement par respect de soi et des autres, par soin aussi d’éduquer nos enfants à rechercher leur avenir dans la soif d’apprendre, notre devoir est de créer de la valeur en travaillant.
A Bas le chômage, serrons nous les coudes et luttons !!!
Fabrice